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Sermon de l'abbé Arnaud Renard pour la cérémonie des Professions de foi le samedi 8 juin en l'église Saint Symphorien de Versailles

 

Mes chers enfants,

Ce matin ma prière, celle de vos parents, de vos familles, de vos amis, toutes ces prières se joignent ensemble et se tournent vers Dieu pour vous, pour que vous soyez trouvés fidèles à vos promesses. Que célébrons-nous aujourd’hui en effet, sinon le renouvellement de ces promesses qui, jadis, au jour lointain de votre baptême, furent faites en votre nom par votre parrain et par votre marraine. Vous êtes grands maintenant, et donc capables à votre tour de vous engager par vous-mêmes, sans oublier l’immense dette qui demeure envers votre papa et votre maman, qui vous ont conduit par leur bonne éducation et par leurs prières quotidiennes  pour vous jusqu’à ce jour où nous sommes.

Je tâcherai, c’est promis de n’être pas trop long, et simplement de souligner les coïncidences heureuses qui nous voient célébrer votre communion solennelle dans cette belle et ancienne église consacrée à Saint Symphorien. Voilà un saint, j’en suis sûr ou presque, dont vous ne savez probablement rien. Et je dois vous l’avouer, c’était aussi mon cas hier. Mais depuis, j’ai appris son histoire. Ce jeune homme n’avait pas froid aux yeux. Et lorsqu’il vit passer un jour devant lui, à Autun où il habitait, une procession en l’honneur de quelque fausse divinité romaine, il ose rire de ces idolâtries et va être sur le champ arrêté, et martyrisé. Nous sommes sous Marc-Aurèle, à la fin du IIème siècle, et en ce temps-là il ne fait pas bon se moquer de ce que l’Etat a décrété être sacré. Saint Symphorien est donc martyr. C’est là sa gloire ! Il est de ces innombrables chrétiens des premiers siècles, qui portèrent à la face du monde un triple témoignage : le témoignage de la parole, celui des œuvres, et celui du sang.

Et voilà qui ramène notre pensée vers chacun d’entre vous, jeunes et fiers chrétiens, qui allez dans quelques instants professez solennellement la foi reçue « in illo tempore » sur les fonts baptismaux. Comme saint Symphorien, et avant lui comme les plus proches disciples du Christ qui furent ses apôtres (qui vous regardent et vous écoutent, à travers leur représentation sculptée, tout prêt de vous), comme eux, donc, je vous invite ainsi que mes chers confrères, à être tout au long de votre existence de vrais témoins du Seigneur : par la parole et par les œuvres, et si Dieu le veut par le sang. Ce troisième aspect, bien qu’il revête une probabilité plus grande en nos temps d’apostasie générale qu’il y a un siècle, reste toutefois du domaine souverainement libre de Dieu. Pour l’heure, il vous reste la parole et les œuvres : la profession de la foi et l’agir chrétien. C’est tout le sens des rites qui vont suivre et que je le sais vous avez bien compris. Non seulement affirmer de manière publique et libre cette foi reçue et assumée ; mais encore y conformer cette vie dont Dieu vous a fait les dépositaires. Que voulez-vous mes chers enfants réaliser de beau ici-bas ? Vous nous le direz tout à l’heure : vous voulez « vous attacher à Jésus-Christ et à la Sainte Eglise pour toujours ». Vous voulez faire passer dans votre vie tout l’enseignement du Christ et de l’Eglise, totalement, pleinement, sans en laisser tomber la moindre virgule, car vous savez bien que tout ce qui vient de Jésus nous est nécessaire, et que l’homme vit des paroles saintes qui sortent de sa divine bouche. Il ne nous appartient pas d’en faire le tri, et de passer parmi les dogmes comme dans un commerce en prenant ce qui nous plaît, en délaissant ce qui nous gêne.

Telle est notre première réflexion ce matin : vous inviter à une grande cohérence entre ce que vous croyez, et ce que vous vivez, entre ce que vous dîtes et ce que vous faites. Vous vous dites chrétiens, vivez en chrétiens. Vous ne serez pas les premiers et nous l’espérons pas les derniers non plus. Vous serez les continuateurs de la chrétienté en des temps où elle semble à beaucoup vacillante, vous maintiendrez afin de transmettre, comme vos parents l’ont fait pour vous, le meilleur de notre existence, cette foi, qui nous procure, souvenez-vous du rite du baptême - pas du vôtre, bien sûr, vous étiez trop petites… - qui nous procure la vie éternelle !

Je veux, pour achever ces quelques encouragements, évoquer devant vous une très admirable figure de notre cher Versailles. J’ai nommé la propre sœur du roi Louis XVI, auquel son frère avait fait don du coquet domaine de Montreuil, situé à deux pas d’ici. Eh, oui, Madame Elisabeth, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, habitait aux portes de cette église où elle venait souvent prier. Comme le roi et la reine, son sang tout autant que sa foi, devait la conduire à l’échafaud. Et cette princesse qui n’avait pas trente ans allait être exécutée après un simulacre de jugement. Ecoutez ce témoignage ancien qui la dépeint si bien : « Chrétienne avant tout, la vertueuse sœur de Louis XVI eût préféré la mort à l'abandon du moindre article de sa Foi, et malgré les circonstances particulièrement pénibles qu'il lui fallut traverser, ses actes se trouvèrent toujours à la hauteur de ses principes. La Foi était son guide, l'Espérance son appui, la Charité sa vie! »

Comme les martyrs évoqués tout à l’heure, elle sut avec une noblesse qui n’était pas feinte, verser son sang en témoignage de la foi catholique. Mais comme les martyrs encore, elle peut être pour chacun de nous un modèle dans ses paroles comme dans ses actes. Dans ses actes, elle nous offre le portrait d’une grande chrétienne, plus soucieuse des droits de Dieu que de la légèreté des modes et des opinions changeantes, ce qui l’amenait à la Cour à prendre le parti des ultras contre celui des philosophes ou des courtisans de basse espèce. Et lorsque la Révolution et son cortège de malheurs et d’abominations survinrent, elle refusa de suivre ses tantes à Meudon, pas plus que ses frères à l’étranger pour rester auprès de Louis XVI et Marie-Antoinette et leur offrir un soutien dont ils allaient avoir le plus grand besoin. Bien d’autres traits encore justifient amplement le surnom que ses œuvres lui valurent : elle fut pour tous jusqu’à sa mort « la bonne dame de Montreuil ». Ses œuvres, mes enfants, révélaient sa bonté. Voilà l’agir chrétien auquel je vous conviait tout à l’heure : soyez sur les principes animés de la même intransigeance que celle de madame Elisabeth devant les compromissions, mais avec les gens de toutes conditions que ce soit en famille, que ce soit à l’école, que ce soit sur dans les jeux, que ce soit en paroisse, avec tous, soyez d’une infinie bonté.

Et pour terminer, je voudrai évoquer simplement cette très belle prière que dans la prison du Temple elle redisait pieusement chaque jour, cette prière que beaucoup connaissent et qui nous révèle l’avancement de sa foi : « Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu, je l'ignore ? Tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous ne l'ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu pour être tranquille. J'adore vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j'accepte tout, je vous fais le sacrifice de tout et j'unis ce sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant, par son Sacré-Cœur et par ses mérites infinis, la patience dans nos maux et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et permettrez. »Voyez dans cette belle prière son âme affleurer : c’est une âme croyante, une âme fidèle, une âme confiante. Son abandon souverain à la divine Providence nous révèle par contrecoup l’entièreté de sa foi : mes chers enfants, demandez-lui, ainsi qu’aux saints que vous aimez, et spécialement à la sainte Vierge, Mère de la foi dans les âmes, demandez-lui une foi semblable, la foi qu’évoquait tout à l’heure Notre-Seigneur dans le Saint Evangile, « la foi de ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. »